Isabelle MARTINET MILANO______________________________Photographies

Calendrier ND D'Aiguebelle, 2015

AQUA BELLA

C’est une goutte de pluie, une goutte d’eau.

Elle roule sur le vernis de la feuille, elle glisse sur l’arrondi de la  statue,

 elle imprègne la roche de l’église et elle se fond au chaud de la terre.

Ce n’est qu’une petite goutte d’eau.

 Elle vient de si loin et de si haut ; elle s’est enrichie de son voyage.

 Elle garde les pollens et les minéraux, la mémoire des brumes et des typhons

et elle arrive ici, près de ce ruisseau qui n’est fait que d’une

multitude de gouttes de pluie.

Et la vie rayonne.

La vie des végétaux qui grandissent dans son lit,

des animaux qui s’abreuvent cachés sous les ramures,

 la vie des hommes qui s’installent près de cette source vivifiante.

Alors, promeneurs d’un moment

 à l’Abbaye Notre-Dame d’Aiguebelle,

portés par  les paroles de paix qui se tendent vers nous,

par les prières qui s’élèvent,

nous laissons notre cœur se libérer, s’emplir d’Amour,

 nous enrichir pour nous éveiller.

Là-bas, un peu plus loin,  le ruisseau court, enfle, se faufile

-avide d’espace-

 puis se pose enfin pour nourrir  la terre

de sa multitude de gouttes de pluie.

 

Les temps d'Aiguebelle, 2014

Le temps des arbres qui nous regardent, détachés,

sur les chemins de l’Abbaye,

Le temps de l’homme qui passe, éphémère,

dans cette nature posée,

Le temps des frères, rythmé dans le choix de leur vie

par la règle de Saint Benoit,

Le temps des prières tendres, suppliantes, bouleversantes,

offertes aux hommes,

Les  temps d’accueil, de paix  et de fraternité,

Les temps de silence, de solitude et de lenteur

pour entendre enfin ce langage lumineux d’Amour

qui patiente au fond de nous,

Le temps d’abandon pour percevoir le Sacré

dans le détail comme dans l’Unité,

Le temps pour vivre alors,

l’instant comme un éclat d’éternité.

 

Calendrier ND D'Aiguebelle, 2014

C’est une route qui serpente, bien protégée par la voute des arbres qui, tournés vers nous, semblent déjà nous accueillir avant d’arriver à l’Abbaye Notre-Dame d’Aiguebelle.

Alors il y a  la beauté des arbres et des arbustes où les oiseaux nichent tranquillement, la fraîcheur du ruisseau, les statues qui nous rappellent pourquoi ces jardins existent.

Et partout la nature. La fleur pousse sur le rocher, l’ombre du forsythia se pose sur une façade, les pétales des arbres de Judée laissent un tendre tapis, le parfum lourd et sucré des lauriers-tins nous enveloppe et les vaches contournent les cerisiers en fleurs.

Toutes ces richesses offertes nous permettent d’entrer lentement en notre propre silence. Et puis s’assoir devant la grotte un instant. Montrer son cœur en lumière. Le montrer nu, entier, riche de ses peines et de ses joies.

 Lorsqu’un chagrin immense nous submerge, les pleurs débordent. Lorsque la joie immense nous emplit, l’émotion nous bouleverse.

Devant la transparence de notre cœur une réponse nous arrive.

Saurons-nous la voir- l’entendre-  la sentir cette tendre chaleur qui s’immisce en nous.

 « Je suis là. Regarde. Tu peux continuer. Ta vie est toujours la même mais je porte pour toi ce trop plein de peine. Tu n’es plus seul(e). En ouvrant humblement les portes de ton cœur, en regardant en filigrane les actes de ta vie tu permets que je sois à tes côtés. Viens, tu t’abandonnes en confiance, je t’accompagne. »

Et là, blottie au fond de nous, il y a notre âme fragile et tendre. Si fragile et si tendre.

Et les prières s’éloignent,  s’enroulent aux végétaux, se mêlent aux bavardages des oiseaux, aux couleurs des fleurs, au bruissement du vent dans les feuillages avant de se mêler au Tout.

Nous, passants, allégés par le chemin  de nos pas ou réchauffés au plus précieux de notre âme pouvons goûter alors à cet apaisement.

 

Terres Salées, 2013

Les lignes et la lumière où le minéral rencontre le végétal

 où le rectiligne créé par l’homme s’allie à la lumière et aux lignes libres,

 douces et caressantes des végétaux.

Un paysage où l’eau et le ciel se fondent, où les équilibres, parfois inversés,

 nous rappelle que ce n’est que la vision humaine qui les différencie.

Photographier sans qu’un élément soit primordial, comme une évidence,

 une énumération et montrer leur imbrication comme faisant partie d’un tout.


Et replacer l’homme en tant qu’élément naturel, léger, éphémère,

avec seulement les traces laissées par son travail.

Immense comme le ciel

ou simple et commun comme le brin d’herbe figé par le sel,

rien n’est de moindre importance.

Tout se complète, vit et évolue créant ainsi un équilibre.

 

Calendrier ND D'Aiguebelle, 2013

Promenade dans un lieu d'amour et de lumière,

d'amour entier, universel et rayonnant.

 

L'Amour des prières qui entourent et protègent,

s'échappent et vagabondent,

 

l'amour des hommes qui vivent ici, qui prient, travaillent,

s'instruisent, s'élèvent et prient encore.

 

Et la lumière qui révèle, qui éclaire ou soustrait, offre et propose ;

lumière douce ou sauvage, froide ou chaleureuse, lumière du regard,

lumière du cœur, lumière divine.

 

Ponctué par la vie monastique, le temps s'égrène posément, au fil des jours, au fil des mois et nous baigne de sérénité.

 

Le calme, la paix, le voyage des yeux et du cœur nous portent

avec bienveillance sur les chemins de l'abbaye de

Notre-Dame d'Aiguebelle.

 

Lumière d'Aiguebelle, 2012

La lumière  redessine l’espace, fait et défait le décor, change la vision.

Chaque jour et chaque instant elle met en exergue un détail, un monument, un ensemble.

Le regard peut être différent. Rien n’est figé, tout évolue et se transforme.

Ce qui ne se voit pas aujourd’hui sera éclatant demain.

Pourtant, ce qui n’est peut-être jamais éclairé, existe.

L’ombre, la lumière, le visible et  l’invisible ont une même importance.

Nos seules limites pour les percevoir restent celles de nos sens et l’envie de notre cœur.

Alors l’espace est différent. Sans frontière.

L’arbre devient l’ombre qui devient statue qui devient le chemin qui devient  l’homme.

Et cette perception d’un tout, sans démarcation de mondes, est soutenue  par la sensation du temps, qui semble ici, différente.

Rythmé par la vie monastique, il  semble plus posé et  accompagne l’homme dans ses échanges, ses réflexions ou ses prières.

C’est peut être cela qui fait que les visiteurs  ressentent cette paix intérieure en ces lieux.

Et  les  prières qui  s’envolent et  s’échappent, quittent l’église et le monastère, se faufilent vers les arbres, les statues, les oiseaux, comme la brume qui s’étire et se répand sur le monde environnant, avant d’aller plus loin encore.